13/08/2021

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Interview du Directeur Général et du Président du conseil d'administration


Patrick Ballu, vous avez nommé un nouveau Directeur Général extérieur à la famille il y a un an. Quelle est votre appréciation sur cette situation nouvelle ?

Avoir un DG qui n’est pas de ma famille est un changement profond, mais qui permet d’éviter de mélanger les relations professionnelles et familiales. Yves Belegaud nous apporte son regard neuf et expérimenté, tant dans l’industrie que dans le secteur agricole où sa sensibilité est avérée. J’aime sa manière de manager, car il est décideur mais en même temps convivial et consensuel, il sait écouter et faire travailler nos équipes en réseau. Dans cette période de pandémie et de transformation significative de notre activité pulvérisation agricole, il fait preuve de courage et se révèle capable d’embrasser rapidement des problématiques lourdes. C’est impressionnant : on dirait qu’il travaille chez nous depuis de nombreuses années, tant il a rapidement intégré notre ADN et nos valeurs d’ETI familiale. Enfin, tout en restant le patron décideur du groupe, il sait me tenir régulièrement informé de ses orientations et n’hésite pas à me demander conseil, sachant profiter de mon expérience et de mes connaissances dans nos métiers.

 
« NOUS AVONS UN CONTACT AVEC PRÈS DE LA MOITIÉ DES AGRICULTEURS FRANÇAIS, NOUS DEVONS UTILISER AU MIEUX CE POTENTIEL ET AMÉLIORER LE SERVICE POUR LEUR DONNER ENVIE D’ACHETER UN ÉQUIPEMENT DU GROUPE EXEL INDUSTRIES. »
 

Yves Belegaud, qu’est-ce qui vous a le plus impressionné depuis votre arrivée chez EXEL Industries ?

Je connaissais de loin la réputation de Patrick Ballu comme capitaine d’industrie. À y regarder de plus près, cette ETI familiale a réalisé jusqu’alors un parcours extraordinaire avec une croissance soutenue depuis les années 80, entièrement autofinancée. Arriver à la tête d’un groupe avec un tel bilan est à la fois rassurant et met beaucoup de pression. Il est vrai que je suis un fan de la gestion rigoureuse des dépenses et des investissements. La légèreté de la holding axée sur les fonctions régaliennes, avec un effectif maîtrisé, est aussi pour me plaire. L’agilité dans les décisions, un atout dans la croissance du groupe, et la capacité d’adaptation des équipes au contexte de la COVID-19 m’ont également impressionné.

 

Patrick Ballu, EXEL Industries est un groupe familial, néanmoins coté en bourse. Pourquoi continuer avec seulement 16 % de flottant ?

En 1997, nous sommes entrés en Bourse pour être capable de lever rapidement des capitaux, afin de financer de nouvelles croissances. En effet, depuis 1980, par croissante externe et endogène, nous avons doublé notre chiffre d’affaires tous les 6 ans et cela 6 fois de suite. Grâce à la confiance de nos banquiers, nous nous sommes fortement endettés pour acquérir des entreprises parfois en perte, mais notre trésorerie est redevenue positive grâce au redressement rapide de leur rentabilité et à la forte baisse de leur Besoin de Fond de Roulement. Finalement, avec ce savoir-faire, nous n’avons jamais eu besoin d’augmenter notre capital sur cette période. Alors pourquoi rester en Bourse avec seulement 16 % de flottant ? Il est vrai que la nécessaire transparence de nos activités et de nos résultats ont pu donner envie à de nouveaux concurrents d’entrer dans nos métiers très spécialisés et a priori rentables. C’est un des inconvénients d’être coté en Bourse. En revanche, la Bourse exige une plus grande rigueur : précision, respect des calendriers et des procédures, gestion des risques et contrôle interne, etc.. Par ailleurs, à l’époque, il m’a été possible de donner personnellement des actions du groupe à l’ensemble de nos salariés afin qu’ils se sentent en quelque sorte propriétaires du groupe coté. L’effet de synergie et d’appartenance a été formidable. Enfin, pour améliorer notre gouvernance, nous avons intégré au Conseil d’Administration deux administrateurs indépendants : l’une est présidente du comité d’audit et l’autre du comité des rémunérations. Ils enrichissent le conseil de leurs approches, de leurs idées et de leurs expériences personnelles.

 

Yves Belegaud, comment pensez-vous faire jouer les synergies au sein d’un groupe qui est pourtant une fédération d’entreprises autonomes ?

Je voudrais d’abord rappeler qu’EXEL Industries est une holding. Chaque activité est dirigée par un CEO responsable. La holding apporte du conseil, gère quelques fonctions régaliennes telles que le juridique, la consolidation, les financements, la communication financière. La holding gère également la propriété industrielle qui est un des leviers importants du groupe. Elle aide les activités à grandir et favorise le développement du groupe. Mon rôle est d’initier ou de mener à terme certains projets tels que la transformation de l’activité pulvérisation agricole qui entre dans sa dernière phase en 2021. Nous en profitons pour optimiser les fonctions support et la fonction achats. Mais je dois tenir compte de la spécificité de notre organisation, car au-delà d’activités assez différentes, nous sommes très internationalisés. Enfin, nous mettons en place une politique de groupe concernant notamment la sécurité, le contrôle interne. Avec un peu de temps et des réalisations, on parvient à d’importantes synergies.

 

Patrick Ballu, la pulvérisation agricole est très critiquée par l’opinion publique. Quels sont vos arguments pour la défendre ?

Au-delà de la pulvérisation agricole, c’est la protection des cultures qui est mise en cause. Nos pulvérisateurs permettent d’appliquer des produits mis à la disposition des agriculteurs pour protéger et soigner les plantes (contre les ravageurs, les champignons, les adventices) et pour les nourrir (azote, régulateurs, etc.). Appelons-les des médicaplantes, car ils soignent les plantes, mais pas des pesticides (qui est un anglicisme). Comme les médicaments pour les humains, les médicaplantes sont indispensables aux cultures pour qu’elles soient saines et productives. Nous savons précisément appliquer les médicaplantes à la bonne dose, au bon endroit et au bon moment, qu’elles soient d’origine chimique ou biologique. Nos nouvelles technologies, avec la vision et l’Intelligence Artificielle, vont bientôt permettre de les réduire à des doses homéopathiques en ciblant les seules zones strictement nécessaires. Je ne crois pas au tout bio pour nourrir le monde. Je ne crois pas non plus à l’interdiction brutale de tous les produits actuellement utilisés. Laissons à l’expérimentation le temps long de l’agriculture. Nous aurons toujours besoin d’un délai pour anticiper de nouvelles techniques en avance sur les tendances. Nos pulvérisateurs seront plus précis, plus technologiques, plus puissants et toujours prêts à réagir dès l’apparition d’un risque sanitaire. Ils seront donc plus sophistiqués, avec davantage de valeur ajoutée intégrée.

 

Yves Belegaud, vous conduisez une opération de transformation dans le secteur de la pulvérisation agricole. Où en êtes-vous ?

EXEL Industries est leader depuis nombreuses années, avec une politique multimarques qui a porté ses fruits. Face à la concurrence, full liners et long liners, nous avons eu besoin de massifier notre offre en créant des centres de compétences qui améliorent notre productivité industrielle. Nous renouvelons notre approche en marketing direct. Nous avons un contact avec près de la moitié des agriculteurs français, nous devons utiliser au mieux ce potentiel et améliorer le service pour leur donner envie d’acheter un équipement du groupe EXEL Industries. Et nous avons des idées précises pour améliorer notre offre globale, qu’il s’agisse du financement ou des services. La mise en place des centres de compétences nous permet de renforcer notre capacité d’innovation produits tout en conservant la spécificité de chaque marque. Nous disposons d’une notoriété qui va bien au-delà de la France. En tant que « spray liner » avec BERTHOUD, EVRAD, TECNOMA et MATROT depuis la France, et avec les acquisitions telles que HARDI, AGRIFAC, ET WORKS, nous déployons nos machines à travers le monde. Par ailleurs, nous occupons une position forte dans la viticulture/arboriculture en France notamment, et nous renouvelons notre offre actuellement. Et puis le parc des pulvérisateurs français a une moyenne d’âge de dix ans, de nombreux renouvellements sont à prévoir. Les solutions technologiques évoluent, ainsi que la règlementation, je suis donc confiant sur le niveau de la demande future.

 

Patrick Ballu, vous avez évoqué à différentes reprises le développement du groupe par croissance externe. Expliquez-nous pourquoi étudiez-vous une 5ème activité ?

Nous sommes spécialisés dans 3 secteurs complémentaires, dont les cycles annuels et conjoncturels sont différents. Par exemple, l’Agriculture allait bien quand l’Industrie était à la peine. Maintenant c’est l’inverse : l’Industrie et le Jardin vont bien quand l’Agriculture est perturbée. Avoir au moins trois pieds à son tabouret permet de rester plus stable, en avoir un de plus est encore plus sécurisant. Voilà pourquoi d’une part, nous cherchons à renforcer chacune de nos activités, par exemple avec l’acquisition récente d’iNTEC, complémentaire de Sames-Kremlin, ou l’addition probable d’autres produits destinés au Jardin. D’autre part, nous étudions une 5ème activité qui aurait des cycles et des marchés différents, mais qui serait en phase avec nos compétences et notre objectif à l’international.

Patrick Ballu, Président du Conseil d’Administration Yves Belegaud, Directeur Général